Crises alimentaires: prévenir plutôt que guérir

Dans le monde de l’attention, de l’audimat et du buzz, les crises silencieuses telles que les sécheresses et les famines font rarement beaucoup de bruit. Cependant, le tribut n’en n’est pas moins lourd pour autant. Par exemple, la 1ère  famine du XXIe siècle qui sévit en 2011 dans la Corne de l’Afrique1 entraîna la mort, selon les pires estimations, de cent mille personnes. Plus de la moitié des décédés seraient des enfants de moins de cinq ans.

Historique

Ça s’annonçait déjà mal pour les 106 millions d’Africains vivant dans la Corne. En effet, les pluies d’Octobre-Novembre avaient été presque inexistantes et un scénario similaire était attendu pour celles de Mars-Mai 2011.  Malgré ces mauvais augures, ce n’est qu’à la mi-mars, seulement, que le premier signal d’alerte fut donné par la FEWSNET2. Fin mai, le gouvernement kenyan déclare l’état d’urgence, les premières actions coordonnées ne suivant que 3 mois plus tard. Finalement, le 20 juillet, l’ONU déclare l’état de famine en Somalie. Des milliers de personnes étaient déjà décédées.

Pourquoi ?

Alors que les EWS –Early Warning Systems-, mis en place peu de temps avant, s’étaient révélés particulièrement efficaces en fournissant de l’information détaillée et d’actualité, ainsi qu’en émettant des prévisions fiables qui se sont malheureusement révélées exactes, pourquoi une telle lenteur dans la réaction des gouvernements et de la communauté internationale ? De plus, ces crises de famine et de sécheresse sont chroniques, elles ne devraient surprendre personne. Comme l’écrit Jan Egeland3 : « Hunger crisis are predictable, predicted and preventable ».

Il est vrai que dans le tumulte du Printemps arabe, de l’accident de Fukushima et du début du conflit syrien, la sécheresse africaine intéressait fort peu de monde (comme c’est nouveau). Or, la bourse des donateurs ne se délie que pour des causes marquantes. Quant aux gouvernements et autres institutions internationales, les rapports de l’ONU sont cruciaux afin d’engranger les dons. Mais ces rapports sont irréguliers et reflètent rarement une situation en évolution constante, les chiffres, au moment où le rapport est publié, étant déjà vieux de plusieurs mois. Conséquence, les dons arrivent souvent trop tard. Enfin, les gouvernements des pays sinistrés voient tout appel à l’aide extérieure comme une marque de faiblesse, et rechignent donc à le faire.

Gérer les risques, pas les crises

Nous devons apprendre à agir sur des incertitudes. Il a été prouvé que le coût économique et personnel de gérer une crise plutôt que de la prévenir est trop élevé, tant pour les pays donateurs que pour les populations victimes. Ce changement de mentalité se traduira par la protection des moyens de subsistance de la population. Par exemple, assurer la survie du bétail aux moyens de soin, de vaccination et de nourriture en quantité suffisante plutôt que d’acheter un nouveau troupeau, réhabiliter les points d’eau, … De même, il est plus facile de soutenir les personnes à domicile, que de gérer des déplacements massifs d’humains dans des camps d’aide, où la proximité est une aubaine pour tout virus.

D’autre part, une plus grande flexibilité de la part des bienfaiteurs est requise, permettant aux associations humanitaires d’adapter la priorité et les fonds de leurs programmes en fonction de l’évolution sur le terrain de la situation. Evidemment, ceci implique une confiance totale entre les deux, ce qui se construit dans le temps. De même, affranchissons-nous du schisme sur l’aide humanitaire – au développement. Améliorer la résilience des communautés, influencer les politiques nationales en ce qui concerne les aides alimentaires ou encore installer des stocks de provision peuvent être considérées comme des responsabilités communes.

Enfin, il faut que les gouvernements outre-passent leurs peurs, celle d’avoir tort avec des risques financiers et réputationnels en jeu, celle d’être trop interventionniste et de nuire à la résilience des villages, celle d’être vu comme dépendant de l’aide internationale, … En janvier 2012, sous l’impulsion de Oxfam and Save the Children, deux associations fortement impliquées en Afrique, de nombreux pays sont devenus signataires de the Charter to End Extreme Hunger. « We have the power to prevent thousands of deaths. What we need is the will » Jan Egeland.

Alexandre Jewell, étudiant en Génie Mécanique 

1 : comprend le Kenya, Ethiopie, Djibouti et Somalie. / 2 : Famine Early Warning System Network / 3 : UN Emergency Relief Coordinator, 2003 – 2006

photo: Flickr Creative Commons