COP21 — Laissons-leur le bénéfice du doute

et faisons semblant d’y croire, en tout cas pour le moment

Du 30 novembre au 11 décembre aura lieu à Paris la COP21, 21e conférence sur le climat qui a pour but de s’assurer que les rapports d’action rendus à l’ONU par les Etats suffisent à respecter le seuil fatidique des 2°C pour 2100, de s’accorder sur la façon dont l’argent mobilisé ces dernières années va être utilisé et enfin, de trouver un terrain d’entente sur la réduction des aides accordées aux énergies fossiles avant d’en reporter les coûts sur les principaux responsables d’émision des gaz à effet de serre.

Comment les Etats, acteurs centraux de la COP21, peuvent-ils agir? La question des normes strictes à imposer par les gouvernements aux multinationales émettrices de GES se pose d’elle-même. Dominique Bourg, philosophe et professeur à l’UNIL fait remarquer1 que depuis une trentaine d’années “nos systèmes politiques ont réduit la fonction de l’Etat à un ‘facilitateur’ du commerce international. Comment voulez-vous qu’un ‘facilitateur’ du commerce international prenne à bras le corps [les] questions climatiques?”. L’optimisme n’est pas de mise.

Toute la communication autour de la COP21 est tout de même signe d’une volonté de changement de la part des gouvernements. C’est ici que l’investissement citoyen prend tout son sens: informons-nous, prouvons notre engagement à nos dirigeants en nous intéressant aux conclusions de cette conférence et pas seulement au fait qu’elle ait lieu, afin qu’ils aient le devoir d’enclencher de profonds changements.

Espérons que les discussions porteront leurs fruits.
Espérons que la mobilisation générale se poursuive.
Espérons que tout cela ne retombe pas comme un soufflé – on l’a bien trop souvent expérimenté ces derniers temps.

Inès Baudry, étudiante en Génie Civil

Pour en savoir plus sur la COP21, vous pouvez regarder le reportage “2 degrés avant la fin du monde” qui a été proposé par DataGueule sur France4.

1:Issu d’une vidéo proposée par DataGueule sur youtube (produit par france 4)
photo: “message on street” par Light Brigadingflickr creative commons

Crises alimentaires: prévenir plutôt que guérir

Dans le monde de l’attention, de l’audimat et du buzz, les crises silencieuses telles que les sécheresses et les famines font rarement beaucoup de bruit. Cependant, le tribut n’en n’est pas moins lourd pour autant. Par exemple, la 1ère  famine du XXIe siècle qui sévit en 2011 dans la Corne de l’Afrique1 entraîna la mort, selon les pires estimations, de cent mille personnes. Plus de la moitié des décédés seraient des enfants de moins de cinq ans.

Historique

Ça s’annonçait déjà mal pour les 106 millions d’Africains vivant dans la Corne. En effet, les pluies d’Octobre-Novembre avaient été presque inexistantes et un scénario similaire était attendu pour celles de Mars-Mai 2011.  Malgré ces mauvais augures, ce n’est qu’à la mi-mars, seulement, que le premier signal d’alerte fut donné par la FEWSNET2. Fin mai, le gouvernement kenyan déclare l’état d’urgence, les premières actions coordonnées ne suivant que 3 mois plus tard. Finalement, le 20 juillet, l’ONU déclare l’état de famine en Somalie. Des milliers de personnes étaient déjà décédées.

Pourquoi ?

Alors que les EWS –Early Warning Systems-, mis en place peu de temps avant, s’étaient révélés particulièrement efficaces en fournissant de l’information détaillée et d’actualité, ainsi qu’en émettant des prévisions fiables qui se sont malheureusement révélées exactes, pourquoi une telle lenteur dans la réaction des gouvernements et de la communauté internationale ? De plus, ces crises de famine et de sécheresse sont chroniques, elles ne devraient surprendre personne. Comme l’écrit Jan Egeland3 : « Hunger crisis are predictable, predicted and preventable ».

Il est vrai que dans le tumulte du Printemps arabe, de l’accident de Fukushima et du début du conflit syrien, la sécheresse africaine intéressait fort peu de monde (comme c’est nouveau). Or, la bourse des donateurs ne se délie que pour des causes marquantes. Quant aux gouvernements et autres institutions internationales, les rapports de l’ONU sont cruciaux afin d’engranger les dons. Mais ces rapports sont irréguliers et reflètent rarement une situation en évolution constante, les chiffres, au moment où le rapport est publié, étant déjà vieux de plusieurs mois. Conséquence, les dons arrivent souvent trop tard. Enfin, les gouvernements des pays sinistrés voient tout appel à l’aide extérieure comme une marque de faiblesse, et rechignent donc à le faire.

Gérer les risques, pas les crises

Nous devons apprendre à agir sur des incertitudes. Il a été prouvé que le coût économique et personnel de gérer une crise plutôt que de la prévenir est trop élevé, tant pour les pays donateurs que pour les populations victimes. Ce changement de mentalité se traduira par la protection des moyens de subsistance de la population. Par exemple, assurer la survie du bétail aux moyens de soin, de vaccination et de nourriture en quantité suffisante plutôt que d’acheter un nouveau troupeau, réhabiliter les points d’eau, … De même, il est plus facile de soutenir les personnes à domicile, que de gérer des déplacements massifs d’humains dans des camps d’aide, où la proximité est une aubaine pour tout virus.

D’autre part, une plus grande flexibilité de la part des bienfaiteurs est requise, permettant aux associations humanitaires d’adapter la priorité et les fonds de leurs programmes en fonction de l’évolution sur le terrain de la situation. Evidemment, ceci implique une confiance totale entre les deux, ce qui se construit dans le temps. De même, affranchissons-nous du schisme sur l’aide humanitaire – au développement. Améliorer la résilience des communautés, influencer les politiques nationales en ce qui concerne les aides alimentaires ou encore installer des stocks de provision peuvent être considérées comme des responsabilités communes.

Enfin, il faut que les gouvernements outre-passent leurs peurs, celle d’avoir tort avec des risques financiers et réputationnels en jeu, celle d’être trop interventionniste et de nuire à la résilience des villages, celle d’être vu comme dépendant de l’aide internationale, … En janvier 2012, sous l’impulsion de Oxfam and Save the Children, deux associations fortement impliquées en Afrique, de nombreux pays sont devenus signataires de the Charter to End Extreme Hunger. « We have the power to prevent thousands of deaths. What we need is the will » Jan Egeland.

Alexandre Jewell, étudiant en Génie Mécanique 

1 : comprend le Kenya, Ethiopie, Djibouti et Somalie. / 2 : Famine Early Warning System Network / 3 : UN Emergency Relief Coordinator, 2003 – 2006

photo: Flickr Creative Commons

Fenêtre ouverte sur la vie Syrienne

Cela fait maintenant quatre ans que le coeur des Syriens bat au rythme de la guerre. La vie a dû s’apprendre autour de nouveaux paramètres à prendre en compte. Étant syrienne, redécouvrir mon pays après quatre ans d’absence s’est avéré être une expérience très forte. Pour la population, la terreur première des obus laisse désormais place à l’habitude. Une journée où l’on entend vingt explosions est alors une journée calme. La peur est apprivoisée, les larmes et la joie se bousculent à une vitesse effarante. Aussi, quand une explosion a lieu près de l’école fréquentée par un enfant de la famille, ou près du quartier d’un être cher, les premiers instants sans nouvelles sont vécus tragiquement. Puis, une fois rassuré, la vie reprend son cours. On pleure le voisin, mais l’on se relève pour ses proches, pour garder ce souffle de vie et ne jamais le laisser s’éteindre.

Salamyeh, ville d’origine de ma mère, qui se trouve à l’est de Hama, est peuplée d’Ismaéliens (Chiites) et d’Alaouites et est  –du fait de sa population à la liberté inacceptable aux yeux de l’État Islamique (EI) et de sa position stratégique entre Homs et Alep– une cible à atteindre. Malgré la présence de l’EI, dont les soldats ne sont qu’à quelques kilomètres des portes de la ville, passants et chars se mélangent quotidiennement dans les rues commerçantes, sans crainte mutuelle, puisque la présence militaire est ici rassurante pour la population. Celle-ci, consciente du danger, ne se prive pour autant pas de sortir le soir, de s’exprimer ou de boire un verre d’arak entre amis sur les trottoirs de la ville.

Parmi les passants, il y a ces mères fortes mais brisées par la peur que leurs fils aient à rallier l’armée dès leur majorité ; ces fils, terrifiés et perdus face à un conflit pour lequel ils devront prendre les armes et aller au front, souvent sans convictions.

J’ai pu constater également l’augmentation frappante et fulgurante du coût de la vie. En 2010, la Syrie n’avait pas de dette publique et produisait quasiment toutes ses denrées alimentaires mais désormais, d’importantes régions syriennes productrices de matières premières, comme par exemple Alep, sont aux mains de Daesh. Entre les territoires occupés et ceux qui ont été détruits, le besoin d’importer s’est avéré croissant et vital, augmentant ainsi le coût de la consommation. L’embargo économique appliqué sur la Syrie depuis 2011, ayant pour but d’ affaiblir le régime, a de ce fait et plus que tout autre chose affaibli le niveau de vie des populations des classes moyennes à pauvres. L’inflation et la perte d’emplois ont alors mené à une nouvelle manière de consommer, bien différente de celle de l’avant-guerre. La rareté de l’eau –dans de nombreuses régions la population a de l’eau courante environ deux fois par mois– et de l’électricité  –présente environ trois heures par jour– participe à ces changements. En conséquence, les personnes travaillant dans l’alimentation, et notamment les bouchers et les primeurs, ont vu leurs prix multipliés par dix: un salaire qui suffisait autrefois pour un mois satisfait désormais à peine les dépenses d’une semaine.

À l’instar des ressources alimentaires, d’autres types de ressources comme le mazout se font rares. Aller mettre de l’essence dans sa voiture devient une véritable escapade. On se lève aux aurores, un thermos de café sous le bras pour pallier la fatigue et endurer les files d’attente aux stations essence qui, parfois, ne désemplissent pas avant la tombée de la nuit. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’après huit heures d’attente, l’essence soit épuisée. On retente alors le lendemain en espérant que cette fois, notre tour viendra.

Ainsi, la vie continue.

Des associations naissent afin d’occuper les jeunes et de créer des élans de solidarité et d’optimisme. À Salamyeh, une sortie à vélo est organisée chaque semaine, des mouvements musicaux pour la paix naissent, et les modestes dons de la population permettent aux étudiants de peindre les murs de la ville de mille couleurs, insufflant de l’espoir dans des paysages ternis par la fatigue et la résignation.

Line Soukouti, étudiante en Sciences de la Vie

photo – Line Soukouti